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L’histoire du sous-marin Espadon

Retour sur… L’histoire du sous-marin Espadon

Sous-marinier en uniforme posant devant l'écoutille du sous-marin Espadon. Un contexte particulier : la guerre froide

L’histoire du sous-marin Espadon débute bien avant sa construction, dans l’immédiat après-guerre. À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle tension s’installe entre les anciens Alliés. Le bloc communiste, à l’Est, s’oppose aux pays capitalistes, à l’Ouest. C’est le début de la guerre froide, un état de guerre latente mais jamais déclarée. Pendant plus de 40 ans, elle va structurer les relations internationales, chaque camp surveillant l’autre. Des générations successives de sous-marins sont alors mises au point.

La série des Narval et le sous-marin Espadon

En France, la série des Narval, dont fait partie l’Espadon, est la première lancée dans ce contexte. Entre tensions mondiales, reformation d’une Marine nationale et redynamisation de l’industrie, les enjeux sont élevés. En 25 ans de carrière, le sous-marin assure sa triple fonction : protection d’escadres navales, renseignements et surveillance, dissuasion.

L’histoire du sous-marin Espadon aurait pu s’arrêter en 1985. Saint-Nazaire en a décidé autrement.

Chronologie des évènements
Espadon
Guerre froide
1946
1947
1954
1955-
1958
1959
1960
1961
1961
1962
1964
1964-
1973
1966-
1968
1968
1979
1981
1982
1983
1984
1985
1985
1985
1986
1986-
1987
1987
1989

1946 : Saisie des U-Boote allemands

Photographie en noir et blanc du sous-marin allemand dans la base sous-marine de Saint-NazaireEn 1946, le sous-marin allemand U-2518 de type XXI, est remis à la Marine nationale après avoir été confisqué à l’armée allemande. Renommé Roland Morillot, l’étude de ses plans donnera naissance à un nouveau projet de sous-marin, nom de code « E-48 », dont la série Narval est directement issue.

1947 : Doctrine Truman (USA) / Doctrine Jdanov (URSS)

Dans un discours proclamé au printemps, les États-Unis proposent une aide économique et militaire à tous les pays qui rejoindront le « monde libre » capitaliste. En septembre, l’URSS répond en appelant à une union des partis communistes contre l’impérialisme américain. Le monde se scinde en deux.

11 décembre 1954 : Lancement du Narval

Photographie en noir et blanc du sous-marin Narval, premier de la série, près de Leixões (Portugal)

Frère aîné de l’Espadon, il donne son nom et ses caractéristiques à toute la série de sous-marins qui le suivent : le Marsouin (n°2), le Dauphin (n°3), le Requin (n°4), l’Espadon (n°5) et le Morse (n°6). Tous sont lancés entre 1954 et 1958.

1955 - 1958 : Construction de l’Espadon

Photographie en noir et blanc du sous-marin Espadon en construction au Havre.

Trois années sont nécessaires pour donner naissance à l’Espadon aux Chantiers et Ateliers Augustin Normand du Havre. Sa construction coûte plus de 2 170 000 000 d’anciens francs (soit plus de 3 300 000 d’euros). Son lancement officiel a lieu le 15 septembre 1958.

19 juin 1959 : Première plongée

Photographie couleur du Marsouin, n°2 de la série Narval, en mer d’Irlande.Le sous-marin est armé au cours de l’année 1959. Du 19 juin au 19 août, il réalise sa première plongée et ses essais en mer à Cherbourg.

1er avril 1960 : Poisson d’avril

Sous-marin Espadon en mer près des côtes, quelques membres de l'équipage sont debout sur la coque.

L’Espadon commence sa carrière en 1960 soit cinq ans après le début d’usinage. Admis au service actif, il reçoit le numéro S637 qui est inscrit au rouge sur son kiosque. Il le gardera durant toute sa carrière. Envoyé à Toulon pour un an, il intègre dès 1961 l’Escadrille des Sous-Marins de l’Atlantique (ESMAT) basée à Lorient.

12 - 13 août 1961 : Début de la construction du Mur de Berlin

Pour stopper l’exode de ses habitants vers l’Ouest, la République démocratique d’Allemagne érige un mur qui sépare Berlin en deux. Hautement militarisé et infranchissable, il devient le symbole du rideau de fer qui divise l’Europe.

1961 : Accidents en série

Photographie en noir et blanc de l’Espadon au ponton à Toulon

À la suite d’une fuite de vapeurs de mercure provenant d’appareils de mesure, l’embarquement de tout dispositif à mercure à bord des sous-marins est interdit. En juin, l’hélice bâbord est détruite par une torpille d’exercice. En septembre, une collision spectaculaire avec le sous-marin Laubie immobilise l’Espadon pour deux mois.

Octobre 1962 : Crise des missiles de Cuba

Cuba, sous régime communiste, est une île stratégique pour les deux puissances. Après une tentative américaine ratée de renversement de Fidel Castro, l’URSS installe des rampes de lancement de missiles nucléaires en direction des États-Unis. Des négociations entre les deux pays évitent de peu le déclenchement d’une guerre nucléaire.

28 avril - 16 mai 1964 : Croisière polaire

Photographie d'un sous-marin de la série Narval, dans l’Arctique.Accompagné du Marsouin, l’Espadon part pour une mission pionnière et spectaculaire dans l’Arctique. La zone est d’importance stratégique car elle est proche des territoires soviétiques. En atteignant le 70e parallèle Nord, ils deviennent les premiers sous-marins français à avoir navigué sous la banquise. Le 9 mai, les marins y posent le pied.

1964 - 1973 : Intervention massive des États-Unis dans la guerre du Viêt Nam

Craignant un basculement des nouveaux états indépendants asiatiques vers le bloc de l’Est, les États-Unis s’engagent officiellement dans la guerre du Viêt Nam. En quelques années, des centaines de milliers d’Américains et de nombreux bombardiers sont envoyés pour empêcher l’unification du pays par le régime communiste du Nord.

1966 - 1968 : La refonte

Dessin de Jean Delpech représentant le sous-marin Espadon en carénage à Lorient en 1966

Pendant un an et demi, l’Espadon est en refonte à la base de Lorient-Kéroman. Les moteurs servant à la propulsion sont remplacés par trois moteurs nazairiens SEMT Pielstick. La modification la plus visible est la nouvelle forme du kiosque qui change l’allure du sous-marin. L’équipement électronique de détection est rénové et l’habitabilité améliorée.

22 juillet - 28 août 1968 : Croisière d’endurance en mer de Norvège

Photographie en noir et blanc d’un navire prise à travers le périscope du Dauphin

Pour sa première mission d’après refonte, l’Espadon retourne dans l’Arctique. Il y reconnait les possibilités de patrouille pour les futurs sous-marins à propulsion nucléaire comme Le Redoutable. Il est envoyé seul, sans support logistique et sans médecin à bord dans des eaux peu pratiquées. Le but est de former l’équipage à cette navigation périlleuse. Tous les bruits biologiques et artificiels rencontrés sous l’eau sont soigneusement enregistrés.

17 janvier - 8 mai 1979 : Première mission Okoumé

Photographie en noir et blanc d'un soldat embrassant sa famille de retour de mission du sous-marin EspadonEntre 1979 et 1987, l’Espadon participe régulièrement aux missions Okoumé. En période post-coloniale, l’enjeu consiste à assurer une présence militaire et diplomatique française régulière dans le golfe de Guinée. L’activité soviétique y est scrutée pour éviter que les États nouvellement indépendants ne tombent sous l’influence du bloc communiste. La mission de 1979 dure près de 4 mois.

1981 : Relance de la course aux armements nucléaires

L’arrivée de Ronald Reagan à la présidence des États-Unis relance les tensions entre les deux puissances. La politique vis-à-vis de l’URSS se durcit et le réarmement du pays est amorcé. Craignant une supériorité militaire américaine, les soviétiques consacrent une part importante de leur budget national à l’armement.

10 - 12 août 1982 : 9e Trophée Patrice Rollet

Photographie de l'Espadon lors du 9e Trophée Patrice Rollet

L’Espadon est l’invité d’honneur du Trophée Patrice Rollet. Ce championnat de ligue de croiseurs à handicap organise une course entre Pornic, Pornichet, l’Herbaudière (Île de Noirmoutier) et la Pointe Saint-Gildas (Préfailles) . À cette occasion, le submersible fait office de bouée d’évitement et accoste pour la première fois à Saint-Nazaire où il est accueilli par la foule.

22 février - 6 juin 1983 : Mission Thazard

Photographie en noir et blanc de l'équipage dans le central opérations du sous-marin, pendant la Mission Thazard

En 1983, l’Espadon traverse l’Atlantique pour une mission dans la zone Antilles-Guyane. En patrouille, il surveille les eaux proches de Cuba. Également en mission diplomatique, il fait plusieurs escales officielles à Ponta Delgada dans les Açores, à Saint-Domingue en République Dominicaine et à Port d’Espagne à Trinité-et-Tobago.

Juillet 1984 : Mission Doraleh

Photographie en noir et blanc du sous-marin Espadon en mer

Après une première mission écourtée en 1977 à cause d’une avarie de deux de ses trois moteurs diesel, l’Espadon retourne en mer de Barents en 1984. Située au Nord de la Norvège et de l’URSS, la zone est idéale pour la surveillance des activités soviétiques. À bord, des tests de matériel de transmission sont réalisés pour la Force Océanique Stratégique, composante de la dissuasion nucléaire française.

1985 : Perestroïka et glasnost

Tout juste arrivé au pouvoir, le Secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétique Mikhaïl Gorbatchev lance de profondes réformes économiques, sociales et culturelles pour sauver l’URSS du déclin.

10 - 11 septembre 1985 : Dernière mission

Photographie couleur représentant les anciens commandants alignés sur la coque de l’Espadon avant le départ pour sa dernière mission.

Le 10 septembre, quinze des seize commandants de l’Espadon embarquent pour la dernière mission. Le lendemain, le sous-marin est officiellement retiré du service actif après 25 ans de carrière. Il aura parcouru 360 547 miles (plus de 660 000 km), des côtes africaines aux glaces du pôle, soit l’équivalent de 17 fois le tour de la Terre. Il aura cumulé 2 561 jours en mer dont 33 796 heures en plongée.

11 - 13 septembre 1985 : Désarmement et nouvelle vie

Photographie en noir et blanc du sous-marin Espadon rejoint la base des sous-marins de Lorient-Kéroman pour son désarmement.

La dernière mission du sous-marin se termine par son retour à Lorient. Passant devant la citadelle de Port-Louis, il se dirige vers la base des sous-marins où il sera définitivement désarmé. Condamné, il prend le nom de Q640. Le 13 décembre 1985, il est sauvé du démantèlement par la Ville de Saint-Nazaire qui l’achète à la Marine nationale pour 1 franc symbolique.

22 - 23 août 1986 : Le dernier voyage

Photographie couleur du sous-marin Espadon lors de son arrivée à Saint-Nazaire

Après deux ruptures de remorque entre Lorient et Montoir-de-Bretagne, l’Espadon atteint Saint-Nazaire le 23 août 1986. Son arrivée tant attendue est applaudie sous les airs de Yellow Submarine des Beatles à l’occasion des Fêtes de la Mer. Show de voltige aérienne, concerts et feu d’artifice sont au rendez-vous pour accueillir celui qui deviendra la principale attraction touristique de la ville.

Septembre 1986 - mai 1987 : Cure de jeunesse

Photographie en noir et blanc représentant le carénage du sous-marin Espadon en forme de radoub.

Pendant 9 mois, le sous-marin occupe la forme de radoub des Ateliers de réparation navale de Saint-Nazaire. Carénage et travaux sont réalisés dans le respect de l’aspect originel du bâtiment pour accueillir au mieux ses futurs visiteurs.

26 - 27 juin 1987 : L’Espadon se dévoile

Photographie en noir et blanc de Joël Batteux visitant le chantier de carénage du sous-marin.Le 26 juin, le maire Joël Batteux inaugure l’ancien bâtiment de la Marine devenu à la fois musée et objet de collection puisqu’il est maintenant enregistré à l’inventaire de l’Écomusée. Le lendemain, le public découvre avec curiosité le premier sous-marin visitable de France.

9 novembre 1989 : Chute du Mur de Berlin

À la suite d’importantes manifestations populaires et l’ouverture du rideau de fer en Hongrie, la République démocratique d’Allemagne autorise le franchissement du mur. Moins d’un an plus tard, le pays est unifié. L’événement préfigure l’éclatement de l’URSS qui aura lieu deux ans plus tard.