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Des pirates à Saint-Nazaire !

18 Nov 2019

En 2018, l’Écomusée de Saint-Nazaire a reçu un don d’objets d’Yves Marzelière, l’un des fondateurs de la Radio Libre Populaire de Saint-Nazaire témoignant des premières années de la radio pirate.

Le don

Ce don est composé :

  • du premier émetteur de la radio Libre Populaire de Saint-Nazaire,
  • du premier micro ayant servi à l’animation de la radio,
  • de deux autocollants publicitaires représentant une tour radio d’où partent des ondes en forme de barbelés coupées par une pince pour symboliser la liberté d’expression défendue par la radio,
  • d’un tee-shirt caricaturant des CRS dont l’un d’eux dit : « Je ne veux pas mourir idiot ; j’écoute Radio Libre Populaire Saint-Nazaire ! »,
  • d’une affiche de la coordination des radios libres de l’Ouest.

Pour mieux documenter ces objets, le don a été suivi d’une rencontre entre l’équipe des collections et une partie des membres historiques de la radio : Yves Marzelière, Jean-Pierre Suaudeau, Frédérique et Jean-Luc Beutier et Didier Dubasque.

 

Tee-shirt blanc sur lequel sont posés un émetteur radio, un micro et un autocollant de la Radio Libre Populaire de Saint-Nazaire. Affiche réalisée par la coordination des radios libres de l'Ouest représentant une cuisine dans la partie basse et une mare avec des cercles concentriques représentant des ondes dans la partie haute.

À l’automne 2019, le pôle Patrimoine de Saint-Nazaire Agglomération Tourisme a organisé une soirée rencontre intitulée « Pirates par la voix des ondes » à Escal’Atlantic. Cet évènement a été l’occasion de présenter ce don au public et d’écouter des extraits d’émissions de la Radio Libre Populaire de Saint-Nazaire conservés dans les fonds de l’Écomusée.

Qu’est-ce qu’une radio pirate ?

Pendant plusieurs décennies, la radio est restée un monopole d’État dans de nombreux pays européens. Dans les années 1960-1970, des militants en faveur de la liberté d’expression contestent cette exclusivité de la radiodiffusion et de la télévision. De cette opposition naissent de nombreuses stations radio illégales qui émettent depuis les eaux internationales, les frontières ou cachées à la campagne et dans les villes.

La Radio Libre Populaire de Saint-Nazaire

Deux autocollants sur fond rouge de la Radio Libre Populaire de Saint-Nazaire.

L’essor des radios pirates, ou radios libres, arrive en France à la fin des années 1970 avec l’apparition d’une centaine de stations illégales. Saint-Nazaire ne fait pas exception. En juin 1978, la Radio Libre Populaire de Saint-Nazaire est créée sous l’impulsion de Jacques Sauvageot, ancien leader étudiant de Mai 1968, Jean-Pierre Suaudeau et Yves Marzelière. Sous la vitrine légale d’Association Nazairienne pour la Liberté d’Expression, elle est animée par des militants d’extrême-gauche afin de donner la parole à ceux qui ne sont pas invités sur les médias autorisés.

Les débuts sont rocambolesques, le groupe est composé d’amateurs n’ayant jamais fait de radio. Les premières radiodiffusions se font en pleine campagne, puis dans une voiture en circulation pour ne pas être repérées, une deuxième voiture est même utilisée comme leurre. Par la suite, les diffusions se font dans des domiciles privés, d’une tour de la Chesnaie ou du toit de la Maison du Peuple. La longueur d’onde est régulièrement changée en cours d’émission pour éviter les brouilleurs de TéléDiffusion de France.

Dès 1979, les animateurs ne se cachent plus. Cette même année, le député socialiste Claude Evin, la responsable du PS local Jeannette Lebeau et le prêtre-ouvrier permanent de la CGT des chantiers navals Jo Patron sont inculpés pour avoir participé à une émission. Inédite, l’affaire résonne jusque dans les médias nationaux et les poursuites sont finalement abandonnées après que le tribunal se soit déclaré incompétent pour la juger.

Après la fin du monopole d’État, en juillet 1982, la radio s’installe dans le foyer des jeunes travailleurs, puis dans un local mis à disposition par la municipalité. Bénéficiant d’une subvention, la Radio Libre Populaire se professionnalise et se transforme en Turbulences FM, non sans dissensions internes. Jacques Sauvageot quitte l’expérience. En juin 1984, Jean-Pierre Suaudeau et Yves Marzelière quittent à leur tour la radio à l’arrivée de la publicité. En 1985, la radio est rachetée par la franchise CFM radio, c’est alors l’avènement des radios musicales et commerciales.