Édifice monumental hérité de la Seconde Guerre mondiale, la base sous-marine fait partie du paysage nazairien. Témoin majeur du passé de la ville, elle surprend, intrigue, impressionne, repousse parfois.
L’exposition « Au-delà du béton. La base sous-marine de Saint-Nazaire » inaugurée en septembre 2025, propose un autre regard sur ce lieu patrimonial complexe et chargé d’histoire. Rencontre avec l’équipe qui a œuvré à sa conception.
Une architecture à toute épreuve… ou presque
Malgré son apparente robustesse, la base sous-marine présente des fragilités : le toit prend l’eau. Résistante aux bombes, elle se montre impuissante face aux infiltrations qui menacent les espaces culturels du site !
À partir de 2027, le toit fermera donc au public pour des travaux de pérennisation.
D’ici là, l’exposition « Au-delà du béton. La base sous-marine de Saint-Nazaire », accessible gratuitement dans les alvéoles, offre un point de vue inédit sur la vie du monument.

Patrimonialiser la base sous-marine
« Aujourd’hui, la patrimonialisation de ce lieu de mémoire contrariée s’impose comme une évidence ».
Pierre Laisne, chef de projet en ingénierie touristique
La base sous-marine constitue l’une des clefs de compréhension de l’histoire nazairienne. Sa reconnaissance comme patrimoine est le fruit d’un long travail de recherche, de protection et de valorisation.

« Il existe un paradoxe dans l’évolution du site où est construite la base sous-marine, autrefois lieu de prospérité et d’ouverture au monde. Avant-guerre, le bassin de Saint-Nazaire est une plaque tournante pour le commerce international et le transport de passagers vers les Antilles ou le Mexique. Lors de sa construction, elle transforme la ville et devient responsable de sa ruine. Après le conflit, l’édifice reste debout, comme un ultime affront au milieu d’un paysage dévasté. Il est symboliquement détruit lors du percement de ses murs en janvier 1997. Détourné de son usage initial, il devient peu à peu le lieu de culture et de loisirs que nous connaissons aujourd’hui. »
Sébastien Jubau, chargé de recherches documentaires
La réappropriation de ce patrimoine lourd de symboles par les habitantes et habitants a nécessité de briser la distance avec cette forteresse. L’organisation de visites commentées, d’expositions et de parcours sur site a été le moteur de cette familiarisation progressive.
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Un sujet de recherche toujours d’actualité
L’exposition a aussi été l’occasion de dresser un état des connaissances sur la base sous-marine. Un important travail de recherche a été mené, notamment à partir des études d’Alain Chazette, spécialiste des fortifications de la Seconde Guerre mondiale, « pour repréciser la chronologie de sa construction et requestionner ce que l’on croyait savoir », précise Agathe Bodin, chargée des fonds patrimoniaux et de la documentation.
Les collections et fonds patrimoniaux de l’Écomusée de Saint-Nazaire ont apporté une contribution précieuse, même si la base y reste peu représentée. Pour enrichir l’exposition, plusieurs institutions spécialisées ont été sollicitées : le centre d’archives et de production audiovisuelle du ministère des Armées (ECPAD) et les Archives Fédérales allemandes (Bundesarchiv).
« À ce jour, il n’existe pas de document complet identifié sur le coût de sa construction, le nombre d’ouvriers ou encore leur nationalité. Il reste de la recherche à faire : c’est un travail titanesque, mais avec un vrai potentiel. »
Mathieu Rodrigues de Oliveira, chargé de médiation et des actions culturelles
Après plus de 80 ans d’existence, la forteresse de béton demeure un objet vivant, qui n’a pas encore livré tous ses secrets. Le travail des chercheuses et chercheurs, et le partage de leurs découvertes, sont essentiels pour mieux comprendre cette page douloureuse de l’histoire de Saint-Nazaire.




